Prologue

 

Sanders

Un an plus tôt

Je suis subjugué par cette danseuse qui ondule si sensuellement sur la piste en bas. Alors que je suis accoudé au balcon, mes yeux parcourent les courbes gracieuses de cette femme qui exécute une chorégraphie hypnotique contre la barre. Autour d’elle, je ne manque pas de remarquer les hommes aussi envieux que moi. Mais elle sera mienne !

Il me la faut.

Je jette un coup d’œil à mes amis. Kaï est occupé à fuir Rebecka du regard. Dans les bras de Stan, elle est en train de jouer la comédie. C’est tellement risible de les voir ainsi. Mon ami a les yeux qui dégoulinent d’amour lorsqu’il les pose sur elle. En revanche, l’inverse est loin d’être réciproque. Bref, ce ne sont pas mes oignons.

— Je vais aller me la faire ! lancé-je à la cantonade avant de quitter le coin VIP.

Il ne faut pas qu’un des nabots présents autour du podium y arrive avant moi. Je rejoins le bord de la scène et cherche la porte des coulisses. Évidemment, elle est gardée par un colosse chauve. Je me suis douté qu’il n’est pas donné à n’importe qui de franchir cet obstacle, mais cela tombe bien, je ne suis pas n’importe qui.

— Je dois voir la ravissante jeune femme qui était sur la scène il y a quelques minutes, annoncé-je d’un air pédant qui ne me va pas du tout.

— Vous êtes ? réplique le videur.

— Sanders, des From North to South.

Il me jauge de la tête aux pieds, j’ai même l’impression d’être scanné aux rayons X.

— Mouais ! Attendez-moi ici.

Il me laisse là, planté devant une porte fermée. Je me sens comme un con. Ou plutôt comme un enfant devant un placard, louchant avec envie sur une friandise. La soirée bat son plein derrière moi, mais une seule chose m’intéresse : cette magnifique créature qui s’est déhanchée quelques minutes plus tôt.

Ma queue frétille à ce souvenir tout frais. Elle est aussi impatiente que moi de la découvrir sans sa minuscule culotte de dentelle noire — juste là pour aguicher tous les mecs de l’assemblée — et son soutien-gorge assorti, qui attend d’être retiré pour libérer sa poitrine délicieusement rebondie.

Mon excitation à l’idée de la revoir n’est plus un secret pour quiconque me croise à cet instant précis. Les minutes défilent, je trépigne sur place, et l’impatience me gagne.

J’ai à peine eu le temps de formuler cette pensée que mon vœu se réalise.

Banzai !

— Allez-y, Lady West est prête à vous recevoir ! m’informe-t-il alors qu’il s’écarte pour me laisser le passage libre.

Je sautillerais presque d’impatience dans le couloir où se trouvent de nombreuses portes indiquant les loges des différentes danseuses. Je ne pensais pas que les filles bénéficiaient d’un tel luxe, mais c’est mon jour de chance. Avec ce que je prévois de faire avec Lady West, je préfère avoir une pièce verrouillée. C’est une question de consentement mutuel, pourvu qu’elle ne me refuse pas ce plaisir. En même temps, elle pourra se vanter d’avoir pris son pied avec un membre du groupe.

J’adore la célébrité ! Surtout pour ce genre de chose.

J’arrive enfin devant la porte qui indique « Lady West ». En bon gentleman que je ne suis pas habituellement, je toque. Un petit « Entrez ! » étouffé me parvient depuis l’autre côté du battant et, sans attendre, j’abaisse la poignée pour pénétrer dans la loge de ma proie de ce soir.

— Ma Lady, débuté-je. Laissez-moi…

— Je sais pourquoi vous êtes là, me coupe-t-elle.

Elle porte toujours son loup sur son visage ainsi que sa perruque, impossible de savoir qui elle est même si je la connais. Je m’approche d’elle pour lui redresser le menton dans le but de déposer un baiser sur ses lèvres et de lancer les hostilités. Mais je suis surpris quand elle pose une main sur mon torse et me repousse.

— Je préfère ne pas vous goûter, je réserve cela aux personnes importantes de ma vie.

Je la comprends et ne relève pas. Je décide de mordre son cou et me délecte de son parfum par la même occasion. Il m’est familier, mais je n’y prête attention qu’une seule seconde. J’ondule et me frotte à elle pour lui montrer l’ampleur de mon désir.

— Voyez l’effet que vous me faites, ma Lady, lui murmuré-je à l’oreille avant de lui mordiller le lobe.

Les petits gémissements qu’elle émet lorsque je prononce ces paroles me font me sentir encore plus à l’étroit. Je dois la posséder. Tout de suite. Maintenant.